In treatment : vous n'avez pas les moyens de vous payer une psychanalyse ?
Petite pause parmi les jeux et la téléréalité pour parler cette fois-ci d'un genre télévisuel que j'affectionne plus officiellement : les séries. Celle qui occupe en ce moment pas mal de mon temps, c'est In treatment (En analyse, dans sa traduction française). Petite révolution dans le paysage des séries américains au moment de sa sortie début 2008, In treatment ne se contente pas seulement d'innover par son thème (la psychanalyse), mais aussi par sa forme.

Une petite révolution formelle
Chaque épisode dure environ 25 minutes et consiste en une séance d'analyse par le psychothérapeute Paul Weston avec un de ses patients, dont on suivra l'évolution tout au long de la saison. La première saison (que je suis entrain de terminer) est basée sur un cycle de cinq séances (4 patients, puis la propre séance du psychothérapeute) qui se répète et s'enchaîne comme les semaines se suivent.
En premier lieu, on ne peut que souligner la performance des acteurs, souvent excellents et particulièrement émouvants, dans des rôles et des dialogues d'une grande subtilité. On notera bien sûr le génial Gabriel Byrne (Usual Suspects) dans le rôle du psy, Dianne Wiest, assez fascinante en psychothérapeute retraitée, mélange de douceur maternelle et de dureté, également tutrice de Paul Weston, ainsi que Mia Wasikowska, bien plus saisissante ici que dans le récent (et fade) Alice aux pays des merveilles de Tim Burton.
Mais là où la série innove véritablement, c'est dans sa forme : le rythme est lent, quasiment sans ellipses, respectant en quelques sortes la durée réelle d'une séance (plus exactement divisée par deux), la caméra est plutôt statique, captant les regards et les ruptures avec beaucoup de finesse, la musique ne se fait entendre que pour clore les épisodes, les silences sont courants et essentiels, le nombre de lieux est très limités (le cabinet de Paul, celui de Gina et quelques autres autour de la maison), et la plupart sont refermés sur eux-même, à la limite du huis-clos... On peut d'ailleurs noter ici le rôle de la fenêtre du cabinet de Paul, ainsi que l'importance verbale donnée à la météo, permettant justement d'éviter l'étouffement. Quoi qu'il en soit, on est à l'opposé de la plupart des séries américaines actuelles.
Et il faut le reconnaître : le résultat est absolument passionnant, virtuose et aussi addictif que n'importe quelle série construite sur un suspens sans cesse renouvelé.
Si l'on s'attache différemment aux personnages, certains nous touchant plus que d'autres, toutes les histoires gardent de l'intérêt en ce qu'elles se recoupent et sont de toutes façons démêlées communément par Paul Weston, au cours de sa propre séance avec le Dr Gina Toll (Diane Wiest).
L'évolution des patients est intelligemment pensée parce qu'elle n'est à aucun moment pressée : lente et irrégulière, elle semble obéir aux propres règles de chacun d'eux et non à une cohérence scénaristique qui se centrerait autour du rythme ou du personnage principal. L'histoire familiale et le couple de Paul Weston, sa femme et ses enfants sont d'abord complètement ignorés avant d'être eux aussi très progressivement intégrés à la narration (la première véritable conversation avec ses enfants n'arrive par exemple pas avant le 30e épisode) et de venir enrichir le propos, en même temps que Paul s'ouvre par bribes à l'un ou l'autre de ses patients.

Cinq leçons sur la psychanalyse
Mais à cette brillante construction fictionnelle s'ajoute une autre dimension plus théorique : l'introduction à la psychanalyse. La plupart d'entre nous, moi y compris, est remplie de préjugés à l'égard de la psychanalyse, animée par la peur de l'inconnu (que se passe-t-il véritablement dans le cabinet d'un psy ?) et de son effet (faire ressortir des douleurs refoulées ne va-t-il pas me rendre encore plus malheureux ?). Mais ici (et c'est selon moi, peut-être la plus grande force de cette série), chacun de ces préjugés, chacune des critiques que l'on peut imputer à la psychanalyse, chaque peur est manifestée et formulée à un moment ou un autre par l'un des personnages. Et sans cesse, les personnages semblent se remettre en question sur leurs a priori, autant que Paul semble douter, interroger sa méthode et sa légitimité, sans certitudes mais avec une véritable tension entre l'homme qu'il est réellement et son rôle professionnel.
De même, l'éventail de personnages étant tellement bien pensé qu'il nous fournist une sorte de palette magnifique des névroses humaines et des schémas psychanalytiques de base (transfert sexuel, responsabilité du psy, refoulement, complexe d'oedipe...) dans laquelle on finit forcément par se retrouver à un moment ou un autre. Et en questionnant leur inconscient, les personnages nous questionnent également.
Là où la série prend véritablement la forme d'un cours ou tout du moins d'une réflexion sur la psychanalyse, c'est lorsque Paul se retrouve face à Gina, et que leur discussion prend la forme de débats sur les méthodes utilisées, les buts recherchés, confrontant leur vision de la psychanalyse, mettant Paul dans un double questionnement : celui du patient qui tout à coup reproche à Gina ce dont ses patients l'incombent lui-même, et celui du psychothérapeute incapable de laisser à quelqu'un aux méthodes et aux théories différentes des siennes, le soin de sa propre analyse.
La série possède un double effet sur moi : d'une part, elle m'initie véritablement à la psychanalyse, non pas comme un divan mystifié mais comme l'enchaînement d'une réflexion, d'un certain nombre de méthodes de questionnement et de réflexion (à tel point que bien souvent, j'essaie d'anticiper la question suivante de Paul Weston) ; d'autre part, il est évident que l'attachement aux personnages et l'universalité des questionnements (les situations étant différentes, les questionnements peuvent se recouper pourtant) aidant, on ne peut rester indemne devant cette série.
On peut la rejeter pour sa forme ou son fond, la voir comme un objet étranger et distant auquel on ne prend pas part, ou la faire sienne, laisser une part de notre intimité s'y révéler et des questionnements nouveaux se propager en nous, un peu comme si nous entamions une psychanalyse par procuration. Il s'agit tout bonnement pour le spectateur, comme pour chacun des personnages de la série, d'accepter ou de refuser la thérapie.
On peut la rejeter pour sa forme ou son fond, la voir comme un objet étranger et distant auquel on ne prend pas part, ou la faire sienne, laisser une part de notre intimité s'y révéler et des questionnements nouveaux se propager en nous, un peu comme si nous entamions une psychanalyse par procuration. Il s'agit tout bonnement pour le spectateur, comme pour chacun des personnages de la série, d'accepter ou de refuser la thérapie.
In treatment, USACréé par Hagai Levi
Produit par Mark Wahlberg
Initialement diffusé sur HBO
2 saisons, 78 épisodes
Saison 2 actuellement
diffusée sur Orange Cinemax
du lundi au vendredi à 8h30,
rediffusion des cinq épisodes
de la semaine le dimanche à 16h.
de la semaine le dimanche à 16h.
A noter : la version américaine est très largement inspirée de la série israélienne à succès de Hagai Levi, Betipul.
A lire aussi :
Un article très intéressant du blog Le Monde des séries
Le site officiel de la série
La fiche Wikipedia de la série
mardi, mai 11, 2010
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On n'y voit rien ?
Télévision et digressions
N'en déplaise aux calomnieurs de la télévision, elle n'est pas que vice, manipulation et temps de cerveau humain disponible. Si l'on apprend à la regarder, même derrière les programmes d'apparence irrécupérables, on trouve du sens : sur la société mais aussi sur nous.
« A la télé, tout est bien. Il suffit de se mettre à la bonne distance. Bien sûr, il y a des choses tellement immondes qu’il faut se mettre très loin, mais c’est passionnant. Il faut simplement régler son viseur. » (Claude Chabrol)

2 commentaires:
Entièrement d'accord avec vous à propos de In Treatment dont j'ai dévoré la saison 1. J'ai trouvé rassurant qu'une forme aussi "austère" (par rapport aux autres séries) trouve sa place à la télévision. Paul Weston, me semble un excellent analyste, malgré (ou grâce à !) ses propres failles.
D'ailleurs, j'ai commencé la saison 2, qui prend encore un peu de liberté par rapport à son format strict et c'est toujours passionnant.
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